mercredi 16 avril 2014

Actualités


"L'actuel n'est pas ce que nous sommes, mais plutôt ce que nous devenons, ce que nous sommes en train de devenir, à savoir l'autre, notre devenir autre". Ces mots de Michel Foucault éclairent à vif les territoires sur lesquels nous oeuvrons, "territoires actuels" où d'autres formes d'hospitalité s'avèrent non seulement nécessaires, mais possibles. C'est ainsi dans les marges, interstices, failles, lisières, que nous nous efforçons d'inventer ce qui n'aurait jamais dû cesser d'être central : l'hospitalité, matière première de ce que nous nommons "ville", "commune" qui ne saurait se caractériser autrement que par un "devenir autre".

Tout est sur le point d'être abandonné, y compris cette sommaire définition de la ville, à la force de pensées qui parient sur la sanctuarisation de nos "agglomérations". Quelques Mairies FN l'on adopté comme crédo, faisant de l'extinction de la ville la colonne vertébrale de leur programme municipal. Le FN ne détient cependant pas le monopole de la déroute, et les rétrécissements des vues deviennent philosophies politiques communes, notamment frappées de cette pauvre sentence selon laquelle "nous n'avons pas les moyens d'accueillir".

Aucun "nous" ne saurait exister sans la préexistence d'une fonction d'accueil, d'un "devenir autre". Aucune commune ne saurait exister sans la promesse de son altération par d'autres qui ne lui appartiennent pas, mais viendront continuer de la faire, de poursuivre le chemin de son devenir. Nous sommes le PEROU, parce que ce PEROU n'existe pas, bien qu'il devienne. A Grigny, à Ris-Orangis, nous avons besoin que d'autres nous rejoignent, viennent poursuivre le chantier, l'animer, le bouleverser. Ce samedi, nous festoierons au beau milieu du chantier, pour ne cesser de devenir, avec les familles qui ne sont ni Roms, ni Roumaines, mais également en devenir, inventant avec nous une identité non repérable par les outils aujourd'hui en vigueur. Hier, dans un commissariat du 6e arrondissement de Paris, une note demandait à ce que soient "évincées les familles Roms" des trottoirs de la ville. Ces pauvres aveugles se fient à une pensée morte : ils crèvent. 



PS : Ci dessous, des coupures de presse (dans Libération du 5 avril, Le Monde du 11 avril, et Objectif Grand Paris des mois de mars, avril, mai) relatives à ce que le PEROU poursuit, et une invitation à se retrouver ce soir à l'Ensci, à Paris, pour transmettre les savoirs que, ce faisant, nous avons constitués. Pour tenter d'y voir mieux.

















lundi 31 mars 2014

Le dérèglement climatique


Aujourd'hui 31 mars s'achève la dite "trêve hivernale". Demain, des familles entières pourront légalement être jetées à la rue, expulsées de leurs lieux d'habitation, éloignées "au vent mauvais, pareil à la feuille morte", sonne la Chanson d'automne de Paul Verlaine. La politique d'hostilité s'en remet au thermomètre : à température clémente, nulle clémence espérer. L'hospitalité est un pis-aller, un geste contraint par les saisons maussades : pas l'once d'une politique aux commandes, seul gouverne le ciel et, derrière les nuages, l'abandon de tout, le mépris pour l'humanité menaçant de n'être pas productive. Le réchauffement global, savamment prophétisé, annonce en un sens un vent de soulagement : sous le soleil radieux et généralisé, nul ne s'offusquera de corps flanqués sur les trottoirs, et chacun pourra douze mois par an reprendre une activité normale élaborée sur la peur qu'un autre vous dépossède.




"Considérant qu'il est plausible que de tels
événements puissent à nouveau survenir.
Sur l'art municipal de détruire un bidonville"
Livre de PEROU offert, samedi, à chacune des
familles qui pourra, entre autres, lire l'arrêté
d'expulsion du bidonville de Ris-Orangis traduit
en roumain par Ramona Strachinaru et Marina
Nicusor. Photos : Laurent Malone
 La Folie, Grigny, 29 mars 2014.


Aujourd'hui 31 mars, on disserte et débat au sujet de vagues et tremblements de terre : tsunami bleu, tonnerre bleu marine, engloutissement des citadelles roses. A Grigny, aucune secousse n'a été ressentie : le Maire communiste, Philippe Rio, fut réélu dès le premier tour. On ne peut croire que ce dernier s'en réfère à l'almanach pour décider du sort de la quarantaine de familles occupant aujourd'hui le terrain de la Folie. Signe de réchauffement : un point d'eau a été installé à proximité du bidonville par la Commune entre les deux tours des élections, élégante fontaine bleue et or où les familles s'alimentent désormais pour toilette et cuisine. Signe d'enthousiasme : ce week-end, les familles ont décidé de se cotiser pour, mensuellement, faire un don au CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) de la Ville en échange de ce providentiel aménagement. Sur la base de cette nouvelle relation de confiance, gageons qu'un travail se mette rapidement en place afin que le bidonville se résorbe sans pour autant que l'avenir des familles s'obscurcisse davantage. Une réponse constructive, exemplaire, en rupture avec l'hostilité qui aujourd'hui prévaut est à portée de main. Nul ne comprendrait que les acteurs publics ne s'en saisissent.


La Fontaine de la Folie
29 mars 2014
Sur la passerelle réparée ce week-end
Grigny, La Folie, 29 mars 2014

Premiers aménagements de la "Base de vie" par le PEROU,
ou comment enclencher un processus de transformation
permettant que cette batterie d'Algeco flanquée sur une
lame de bitume aux confins de la ville de Ris-Orangis
devienne un véritable lieu de vie. 30 mars 2014. 


Aujourd'hui 31 mars, Manuel Valls quitte l'Intérieur, pour entrer davantage encore dans l'espace politique français : tel est le nom du nouveau Premier Ministre de la République française. Les cieux s'obscurcissent, tant le programme politique de cet enfant d'immigré espagnol ne comporte pas l'ombre du mot "hospitalité". On ne meurt pas plus à la rue en hiver qu'en été, n'en déplaise à tous les poncifs échangés sur la question. Par contre on y meurt nombreux, et n'y survit qu'avec effroi, lorsque le climat politique se dégrade au point que les idées les plus basses obtiennent statut de raison politique. Il en va de cette folle idée que les ressources seraient finies, et que l'enfer serait le nombre, et que l'immigration serait un fléau. Cette idée folle, devenue dogme qu'un tel Premier Ministre défendra la voix grave et le visage fermé, s'avère la preuve manifeste de l'état de dérèglement dans lequel se trouve le climat politique et social contemporain. Pas un seul parmi les tristes sires qui nous gouvernent n'ose penser que si la déroute est si vaste, c'est que nous ne sommes pas assez nombreux pour créer les chemins qui nous sortiront des impasses. Si les 66 millions de Français en sont là, à tourner en rond, à répéter les mêmes recettes dévastatrices, à plébisciter un homme politique prétendant faire oeuvre politique en expulsant et détruisant, c'est que des millions d'autres femmes, hommes et enfants manquent encore à ce pays. Faire de la politique, ça n'est rien d'autre que par les actes prendre soin de ceux qui ne sont pas encore là, y compris ceux qui pourraient venir de loin, sous le regard de ceux qui ont disparu, y compris ceux qui nous sont venus de très loin. Faire de la politique, c'est faire l'hospitalité, valeur que les Grecs hissaient parmi les plus sacrées. Le climat est aujourd'hui si délétère, noir aux entournures, qu'avec les membres du PEROU nous avons infiltré la semaine électorale pour, par les chiffres du désastre sur fond jaune soleil, rappeler que "l'hospitalité reste à faire". Ce à quoi nous nous efforçons d'oeuvrer, dans la joie et la bonne humeur les plus résolues.

















Conception graphique : Yannick Fleury et Ruben Salvador
Photos : Laurent Malone, 25 mars 2014


PS : Le détail des chiffres apparaissant sur le millier d'affiches répandues dans les rues de Paris :
- 8 700 000 : nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France en 2011 (source : Insee)
- 1 252 000 : nombre de locataires ne pouvant pas payer leur loyer en 2006 (source : Insee)
- 125 000 : coût en euros de la destruction du bidonville de Ris-Orangis (source : PEROU)
- 141 500 : nombre de sans-abri en France en 2012 (source : Insee)
- 85 000 : nombre de personnes vivant en habitat de fortune en France en 2012 (source : Insee)
- 36 800 : nombre de personnes reconduites à la frontière en 2012 (source : Ministère de l'Intérieur)
- 21 537 : nombre de personnes expulsées de bidonvilles en France en 2013 (source : LDH / ERRC)
- 21 000 : coût en euros d'une reconduite à la frontière (source : Commission des Finances du Sénat, 2014)
- 16 949 : nombre de personnes vivant dans un bidonville en France en 2013 (source : Ministère du logement)
- 17 317 : nombre de personnes mortes aux frontières de l'Europe depuis 1988 (source : Cimade)
- 4 300 : nombre d'enfants vivant dans un bidonville en France en 2013 (source : Fondation Abbé Pierre)
- 453 : nombre de personnes mortes dans les rues de France en 2013 (source : Collectif les morts de la rue)
- 58 : pourcentage des demandes d'hébergements instatisfaites, dont 74% pour manque de places disponibles.
- 394 : nombre de bidonvilles en France en 2013 (source : DIHAL)
- 81 : dans les bidonvilles en France, pourcentage de mineurs ne bénéficiant pas de couverture maladie (source : CNDH, Romeurope)
- 80 : dans les bidonvilles en France, pourcentage d'enfants entre 6 et 16 ans non scolarisés (source : MDM)
- 46 : dans les bidonvilles en France, pourcentage de femmes enceintes ne recevant aucun soin prénatal (source : CNDH, Romeurope)
- 30 : dans les bidonvilles en France, pourcentage de personnes souffrant de problèmes respiratoires (source : MDM)
- 92 : dans les bidonvilles en France, pourcentage de personnes n'étant pas à jour de leurs vaccinations (source : CNDH, Romeurope)
- 2 000 000 000 : nombre de personnes sur la planète qui vivront dans un bidonville en 2030 (source : ONU)

PS 2 : C'est une tradition : tous les mardi à 19h, Apéropérou aux Caves Dupetit Thouars, 12 rue Dupetit Thouars, métro République à Paris, où il s'agit d'imaginer. Et tous les week-end, sur les terrains, où il s'agit de faire. Pour imaginer ou faire, il suffit de venir, mais au besoin, nous contacter ici : contact@perou-paris.org

lundi 17 mars 2014

Lettre au Maire de Grigny


Ci-dessous, la lettre envoyée au Maire de Grigny par le PEROU le 17 mars 2014.








A l’attention de Monsieur Philippe Rio
Maire de Grigny
Hôtel de Ville BP 13
91351 Grigny Cedex



Paris, le 17 mars



Monsieur le Maire, 



Lorsqu’à Ris-Orangis, en décembre 2012, nous inaugurions l’Ambassade du PEROU, nous apparaissions aux yeux de certains comme pilotés par la machine communiste : sur un terrain du Conseil Général présidé par un socialiste, sur la commune de Ris-Orangis dirigée par un socialiste, à quelques encablures d’Evry dirigée par le successeur du Ministre de l’Intérieur socialiste, il ne semblait pas faire de doute que notre action visait une certaine organisation politique et ses membres effectivement aux affaires locales. En janvier 2013, un mémorable tract signé par la section locale du Parti Socialiste en attestait, informant les citoyens Rissois, avec la bénédiction de leur Maire, du fond de l’affaire du «bidonville de la Nationale 7». Titré «Ils sont devenus fous !», ce fascicule livrait les noms des quelques militants communistes qui, sur le terrain, accompagnaient effectivement l’action du PEROU, et concluait à l’instrumentalisation politique d’une situation au sujet de laquelle, évidemment, une ligne de considérations indignées était réservée.

Lorsqu’à Grigny, à l’été 2013, nous inaugurions notre travail d’accompagnement des familles expulsées du «bidonville de la Nationale 7» quelques mois plus tôt, nous apparaissions aux yeux de certains comme  pilotés par la machine socialiste. Les militants communistes susévoqués avaient en effet pris grand soin de vous alerter, vous et l’ensemble des élus locaux membres du Parti Communiste ou du Parti de Gauche, qu’il convenait de se méfier au plus haut point du PEROU et de ses soutiens. C’est qu’entre temps nous avions traité avec l’Etat, socialiste, le Conseil Général, socialiste, et la Mairie, socialiste, afin de suivre à Ris-Orangis les familles régularisées grâce à l’action que nous avions menée. C’est qu’entre temps nous avions signé une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la mise en oeuvre du projet d’insertion accueillant ces 38 personnes et, selon ces politistes avisés, avions ainsi démontré notre soumission à la manigance socialiste. Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que les échéances électorales qui scintillaient à l’horizon commandaient que telle propagande s’organise. Nul besoin d’être grand clerc non plus pour prévoir dès lors que l’échéance s’approchant, le climat politique autour du bidonville de la Folie n’allait manquer de s’aggraver. Effectivement, alors que nous vous proposions, avec nos partenaires tels que la Fondation Abbé Pierre, d’entamer le plus en amont possible un travail visant la résorption de ce bidonville en imaginant d’autres formes d’habitat pour les familles ici établies, vous refusiez de plus en plus fermement de nous recevoir, de dialoguer, de comprendre. En janvier 2014, le résultat était édifiant : les familles demeuraient alors logées à même enseigne que six mois plus tôt, sous la menace d’une énième expulsion exigée par vos soins, sans la moindre perspective d’enfin vivre ailleurs que dans un bidonville. Convenez qu’il s’agit là d’un bilan politique parfaitement nul, bilan qui nous a conduits à prendre la décision d’oeuvrer de manière plus résolue sur le terrain, afin qu’un autre avenir se dessine pour ces familles. 

Monsieur le Maire, les intrigues politiques locales et les fables plus ou moins paranoïaques qui en émergent pourraient s’avérer délicieusement distrayantes si elles n’avaient pas la fâcheuse conséquence, en l’occurrence, de faire peser sur des familles entières la menace d’une vie toujours un peu plus insupportable. Certes, nous pourrions saluer le remarquable travail de sape et de manipulation de ces militants auxquels jusque là vous avez accordé votre crédit, mais c’est une qualité qui en rien ne sert les intérêts des familles qui seuls nous importent. Car nous sommes effectivement pilotés, non par une quelconque machine ou machinerie, ni même par une organisation partisane, mais par le puissant désir de ces familles de vivre parmi nous. Car nous nous sentons effectivement commandés, non par quelque intérêt machiavélique, mais par la nécessité de faire aujourd’hui en France des prouesses d’hospitalité. C’est dans la perspective d’un tel chantier que, depuis bientôt un an, nous proposons à la commune de Grigny d’apporter notre concours. En vain, puisque vous demeurez sensibles aux alertes savamment distillées par ces quelques-uns qui, en pilote automatique, ne considèrent à l’horizon que leur petite carrière politique. Certes, rien de bien extraordinaire par les temps de misère politique qui sont les nôtres. Mais à la faveur d’une situation extraordinaire, à savoir la présence d’un bidonville sur le territoire européen aujourd’hui, et sur celui de Grigny en l’occurrence, nous sommes encore en droit d’attendre que les acteurs politiques locaux fassent, chose extraordinaire, de la politique. C’est à dire qu’ils imaginent, innovent, expérimentent. 

Avec les membres du PEROU et nombre de riverains solidaires, avec le soutien technique et financier de la Fondation Abbé Pierre, nous nous sommes donc efforcés de tracer le chemin d’une telle perspective depuis quelques semaines. Comme vous le savez, et continuez manifestement de le déplorer, nous avons nettoyé le bidonville, déposé des tonnes de BRF pour en évacuer la boue, creusé un drain de 200 mètres de long, développé une passerelle sur celui-ci, réparé une dizaine de baraques qui menaçaient de s’écrouler, fixé des plaques d’aération sur chacune de ces baraques pour répondre aux risques d’intoxication que connaissent les personnes, installé une vingtaine d’extincteurs afin d’éviter le pire tel que nous l’avons connu à Bobigny le 12 février dernier ou à Montgeron, sur la route de Corbeil-Essonnes, pas plus tard que ce matin. Depuis des semaines, nous avons répondu à l’urgence d’une situation que nombre d’élus de France et de Navarre, puisque c’est devenu un sport national, laissent patiemment s’aggraver pour s’assurer de la nécessité de son évacuation. Au delà de cette transformation de l’espace par l’acte constructif, comme l’impose la culture du PEROU, nous nous sommes efforcés de construire un autre temps pour ces familles. Ainsi avons-nous inscrit les enfants à la médiathèque de Grigny, accompagné les adolescents à la mission locale où certains d’entre eux ont entrepris des cours de français, accompagné les adultes à Pôle Emploi ou à l’Antenne emploi de la ville où ils sont domiciliés après leur avoir confectionné des CV. Ainsi avons-nous sollicité les familles afin que chacune nous adresse une lettre détaillant leur désir et leur volonté de construire, avec la collectivité, une vie meilleure. Ainsi avons-nous reçu plus de quarante courriers, à savoir une missive par foyer, contenant de cruciales informations. Les lisant, nous constatons donc que : nombre d’entre les personnes qui vivent aujourd’hui sur votre territoire n’ont toujours pas obtenu de domiciliation, contrairement à ce qu’impose la loi, et le déplorent infiniment tant ceci fait obstacle à leur recherche d’emploi et leurs besoins en soins ; nombre d’entre ces personnes souhaitent se cotiser pour, mensuellement, faire un don au CCAS en échange de l’installation nécessaire, et légalement obligatoire, d’un point d’eau à proximité du bidonville ; nombre d’entre elles encore désirent voir leur famille devenir européenne de plein droit, et vivre à Grigny, dans l’Essonne, en France, le plus paisiblement possible. Ces lettres, Monsieur le Maire, sont autant de preuves d’une intégration déjà engagée, n’en déplaise à celles et ceux estimant que les vocations d’étrangers peuvent être contraires à une existence au sein de la société que nous formons. Ces lettres sont adressées aux pouvoirs publics, et nous vous les ferons donc parvenir une fois que nous les aurons traduites. 

Forts de ces lettres écrites avec l’espoir qu’enfin l’avenir s’éclaircisse, nous avons continué de rencontrer tous les acteurs publics susceptibles de porter la mise en oeuvre d’une effective régularisation des familles sur le territoire. Avec le Conseil Général, nous oeuvrons à Ris-Orangis à faire la démonstration qu’un projet nécessaire peut s’avérer d’une qualité manifeste, et nous évoquons régulièrement avec les services compétents la multiplication de telles expérimentations. Avec la Délégation Interministérielle à l’Hébergement et à l’Accès au Logement, et avec le sous-préfet d’Ile-de-France en charge de la mise en oeuvre de projets d’insertion, nous nous sommes entretenus dans la perspective que soient accueillies les familles du bidonville de la Folie comme d’autres dans des projets tels que celui de Ris-Orangis. Vous le savez, vous n’avez qu’à prendre contact avec ces acteurs précis afin que la situation évolue positivement, et qu’un projet se mette enfin en oeuvre. Vous ne le savez manifestement toujours pas, mais vous n’avez qu’à nous solliciter pour que de la manière la plus déterminée qui soit nous oeuvrions à vos côtés afin de faire se réaliser un tel projet. Nous ne sommes pas du genre à désespérer, et notre optimisme est davantage encore de rigueur puisque depuis quelques semaines, nous avons eu écho de certaines de vos prises de positions publiques par le biais desquelles vous avez annoncé ne pas souhaiter mettre à exécution l’expulsion des familles avant la fin de l’année scolaire, et envisager la mise en place d’un projet d’insertion pour les familles habitant le terrain de la Folie. C’est pourquoi, par la présente, nous réitérons notre souhait de vous rencontrer afin de contribuer, autant que nous le pourrons, à la politique qu’à travers ces paroles vous annoncez vouloir poursuivre, nous inscrivant ainsi dans la logique d’anticipation propre à la circulaire interministérielle du 26 août 2012.

Nous n’avons qu’une seule arrière pensée, au delà de l’intérêt des familles que nous suivons désormais depuis plus d’un an : faire la démonstration à Ris-Orangis comme à Grigny qu’une autre politique est possible afin qu’ailleurs, partout où la déroute est aujourd’hui de mise, une autre perspective se dessine pour celles et ceux jusque là assignés à résidence des bidonvilles. Vous l’aurez compris nous l’espérons, nous souhaitons faire ici et maintenant école, et contribuer à ce que l’Essonne s’avère un laboratoire sur le sujet en collaboration notamment avec toutes les collectivités déterminées à oeuvrer dans ce sens. Et nous ne doutons pas que l’élu que vous êtes finisse par nous rencontrer sur ce chemin là. 

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de bien vouloir accepter, Monsieur le Maire, l’expression de nos sentiments les plus républicains. 



Sébastien Thiéry, pour l’association PEROU 



jeudi 13 mars 2014

Programme des réjouissances


Aujourd'hui vendredi 14, sortie en librairie du livre "Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir. Sur l'art municipal de détruire un bidonville", publié chez post-éditions, et présenté ici

Demain samedi 15, et après-demain dimanche 16, accueil sur le site de la dite "base de vie" à Ris-Orangis dès 10h pour prendre part au chantier tel que présenté ci-dessous. Un Buster Keaton vous sera offert samedi soir. 

Lundi 17 à 18h à l'Ecole des Mines à Paris, présentation de l'Histoire critique de l'ambassade réalisée par les étudiants de l'Ecole des Arts Politiques (Sciences Po Paris), en présence du Délégué Interministériel pour l'Hébergement et l'Accès au Logement des personnes sans-abri et mal logées (DIHAL)

Mardi 18, exceptionnellement pas d'Apérou aux Caves Dupetit Thouars, mais partie remise au mardi 25. 

Mercredi 19, présentation du livre "Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir. Sur l'art municipal de détruire un bidonville" à l'Espace Khiasma aux Lilas, et à l'initiative de Jean-Paul Curnier. Informations ici.

Jeudi 20 et vendredi 21 : Un nouveau printemps, la lutte continue. 










vendredi 7 mars 2014

A Ris-Orangis ! (week-end de chantier ouvert au public)


A Grigny, nous gagnerons la mise en oeuvre d'un projet de stabilisation temporaire des familles occupant le terrain de la Folie. De récentes paroles du Maire en attestent : publiquement fut récemment  affirmé que nulle expulsion n'aurait lieu avant la fin de l'année scolaire ; publiquement fut récemment annoncé que la Mairie s'avérait favorable à la mise en oeuvre d'un projet d'insertion. Un mois durant, nous avons construit dans le bidonville, et rencontré simultanément les acteurs publics susceptibles d'accompagner la Mairie dans cette bonne voie. Un mois durant, nous avons consulté les familles, relevé par écrit leur désir de vivre et de travailler ici. Forts de l'enthousiasme que nous avons rencontré, et forts des perspectives que nous avons vu se dessiner, nous continuerons d'oeuvrer à cette dynamique constructive, jusqu'à ce qu'elle porte enfin ses fruits. Par ce qu'il ne peut en être autrement.


Sur le chantier de la Folie à Grigny, 1e mars
Photo Laurent Malone

Studio photographique de la Folie mis en place par Rafaël Trapet
afin de réaliser portraits de chacune et chacun pour trouver bonne place
sur les CV notamment réalisés par les étudiants de l'Ensad. 1e mars


Parallèlement, nous entamons le chantier sur la dite "base de vie", projet d'établissement temporaire issu de l'action que nous avons conduite à Ris-Orangis. Alors que nous inaugurions l'Ambassade en décembre 2012, les pouvoirs publics s'affichaient résolument hostiles à toute issue dérogeant à la règle de l'expulsion et de la destruction. Nous avons continué d'oeuvrer, forts de l'enthousiasme rencontré et des perspectives que nous avons vu peu à peu se dessiner. Nous luttions pour que chacun en finisse avec la terreur de l'éloignement. Nous avons failli : seules 38 personnes sur 150 en réchappaient, voyant la perspective se dessiner tout à la fois d'une régularisation et d'un établissement temporaire sur le territoire de Ris-Orangis. Aujourd'hui, presque un an après la destruction de la Place de l'Ambassade, elles s'avèrent sorties d'affaire : effectivement régularisées, contrats de travail en poche. Reste que leur établissement temporaire demeure rudimentaire s'il en est : une lame du bitume flanquée de 12 Algecos, le tout aux confins de la ville. Nous avons alors proposé au Conseil Général d'accompagner la transformation de cet espace jusqu'à ce qu'il s'avère, aux yeux des familles d'abord, et de tous les acteurs concernés ensuite, d'une qualité manifeste.

Aussi débutons-nous ce chantier ce week-end, avec un horizon crucial : faire la démonstration qu'ici même et malgré tout, une urbanité à la qualité manifeste peut éclore. Aussi, ouvrons-nous ce chantier au public, actif autant que faire se peut, afin qu'ensemble nous construisions sur "la base de vie" jusqu'à lui faire changer de visage et de nom. Horizon crucial pour celles et ceux qui n'ont pas la chance d'être sortis d'affaire : telle démonstration doit faire école pour qu'ailleurs en général, et à Grigny en particulier, cessent les destructions, et s'activent de nouveaux projets de construction. Parce qu'il ne peut en être autrement.























PS 1 : Un déjeuner est offert à l'assemblée oeuvrante, samedi comme dimanche (s'inscrire sur le planning du chantier est recommandé, en cliquant ici)

PS 2 : Mardi 11 mars à 19h aux Caves Dupetit Thouars, 12 rue Dupetit Thouars à Paris (métro République), sera présenté le livre du PEROU, en présence de nombre de ses auteurs. Livre toujours pré-vente à 14 euros jusqu'au 14 mars ici.



mercredi 26 février 2014

Le livre du PEROU


Le 29 mars dernier, le Maire de Ris-Orangis signait l'Arrêté municipal n° 2013/147 qui allait faire se précipiter trois jours plus tard les pelleteuses sur le bidonville dit de la "Nationale 7", renommé par nos soins "Place de l'Ambassade". Le 14 mars prochain, soit moins d'un an plus tard, nous publions Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir, ouvrage dans lequel, in extenso, est reproduit cet arrêté. Ainsi s'agit-il de rendre public un acte nous engageant collectivement, puisque signé par un élu de la République. Ainsi s'agit-il de donner ce texte de 8 pages à lire, à scruter, à comprendre autant que faire se peut, exercice démocratique fondamental puisqu'il s'agit bien de saisir ce qui s'énonce en notre nom. Tel exercice nécessite, par définition, culture de la plurivocité en opposition à ce que ce texte porte de sens unique. Nous avons alors adressé cet Arrêté municipal à trente auteurs en leur proposant de le "traduire" dans leur propre langue. Le résultat est peu commun : philosophes, architectes, poètes, artistes, traducteurs, et autres metteurs en scène brisent l'édifice, et l'ouvrent à une prise multiple, joyeuse, rageuse, sensible, ou encore clinique. Le résultat est peu commun : ce texte a priori conçu pour ne pas être lu nous apparaît, à la force des 320 pages qui composent cet ouvrage manifeste, comme monument de notre misère politique contemporaine, condensé de tous nos abandons. Telle lecture produit alors comme un appel à toutes les ripostes non seulement possibles mais nécessaires. 

Le livre est en pré-vente sur le site de Post-éditions, toute nouvelle maison qui fait non seulement preuve de courage mais de talent, et qui ouvre ainsi un catalogue promis à grand avenir. Pour l'accompagner dans telle aventure, ne pas hésiter à acheter le livre dès aujourd'hui : à 14 euros jusqu'au 14 mars - livré cette date au plus tard -, date de sortie en librairie où il sera vendu 17 euros. Se rendre directement ici. Ou télécharger et renvoyer le bulletin ci-joint. 






PS : Dans le même temps, dans un autre espace certes mais sous les mêmes cieux politiques, sort le numéro 2 du Journal des Jungles réalisé en collaboration avec la Plateforme de Service aux Migrants (PSM) et le laboratoire de recherche "Design Information Ville et Société" (voir ici) de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD). Notamment à partir de la collecte des voix étouffées des dits "migrants", et leur publication au revers de ce journal grand format, comme une affiche frappée en particulier de l'une de ces paroles inouïes : "I'm here, so hear me". Une autre manière de rendre visible l'invisible, à l'égal de l'Arrêté municipal de Ris-Orangis, texte inouï s'il en est.







Journal des Jungles. Photos : Afrouz Razavi