jeudi 14 août 2014

A l'adresse du Maire de Grigny et du Premier Ministre, entre autres responsables.



Ci-dessous, le courrier envoyé ce jour à Monsieur Philippe Rio, Maire de Grigny, en copie à : Monsieur  Stéphane Raffalli, Maire de Ris-Orangis ; Monsieur Jérôme Guedj, Président du Conseil Général de l'Essonne ; Monsieur Bernard Schmeltz, Préfet de l'Essonne ; Monsieur Jérôme Normand, Sous-Préfet de la Région Île-de-France ; Monsieur Manuel Demougeot, directeur de cabinet du Délégué Interministériel à l'Hébergement et l'Accès au Logement ; Monsieur Manuel Valls, Premier Ministre.


------------------



A l’attention de Monsieur Philippe Rio
Maire de Grigny
Hôtel de Ville BP 13
91351 Grigny Cedex



Paris, le 12 août 2014


Monsieur le Maire,




Les mots que depuis avril 2013 nous vous avons envoyés ont démontré leur grande inefficacité. Ils vous étaient adressés afin de vous convaincre de coopérer avec les membres du PEROU que nous sommes (artistes, architectes, urbanistes, travailleurs sociaux, chercheurs) et d’épargner ainsi aux familles établies sur le bidonville de la Folie l’indigence des réponses d’urgence. Ces mots n’ont reçu en écho de votre part qu’un silence hostile, annonce du vacarme des pelleteuses constaté le 5 août dernier.

Si nous savions vous atteindre par écrit, les mots que nous vous écrivons aujourd’hui sauraient vous faire entendre combien était absurde votre décision de faire détruire le bidonville de la Folie. Cette absurdité, cause d’une violence inouïe faite aux familles réfugiées sur le territoire de la commune de Grigny, vous n’en prendrez donc pas la mesure, abrité que vous êtes derrière des discours aussi inconsistants que généralisés. Comme vous en effet, les maires de France et de Navarre aujourd’hui confrontés à l’existence d’un bidonville sur leur territoire accusent l’Etat, l’Europe, la Roumanie, le Grand Capital, et tout autre responsable majuscule. L’irresponsabilité est devenue un argument. Elle fonctionne comme une autorisation de conduire une politique irresponsable. Ainsi, à l’instar de bien d’autres élus, avez-vous engagés des fonds publics extravagants pour faire qu’un bidonville incommodant à vos yeux se déplace de quelques mètres à peine, jusque sous les yeux d’un voisin, ennemi politique de préférence. Le tout en prétendant ne pas avoir à apporter de réponse à une situation dont vous ne maîtriseriez pas la cause. Ce qui s’avère une philosophie de l’action publique délirante, bien qu’en voie de banalisation. 

Alors, puisque vous écrire ne produit aucun effet sur le devenir des familles, nous vous faisons parvenir quelques-unes des images que nous avons produites. Il s’agit d’un travail conduit par l’artiste Mickaël Phelippeau dans le bidonville de la Folie : des portraits d’une jeune fille qui vivait là avec sa famille. Le 5 août dernier, jour de leur expulsion, Violeta et sa famille ont été orientés par vos services vers un hôtel à Pontoise, à 72km de l’Hôtel de Ville de Grigny. Suffisamment éloignés pour ne plus avoir à vous en soucier. Las : scolarisée non loin de chez vous, elle et sa famille se rapprocheront fatalement de votre territoire dans les jours prochains. Vous ne connaissez pas Violeta. C’est dommage : elle est formidable. Gageons que ces images vous permettent prochainement de la reconnaître, et de considérer autrement sa présence parmi nous. 


Depuis avril 2013, nos mots ne sont jamais parvenus à vous faire entendre que la procédure d’expulsion que vous avez engagée contre ces familles était catastrophique non seulement pour elles, mais pour nous tous, vous y compris. Ces images peut-être abîmeront-elles vos certitudes ? Il est fort à parier que seule la réinstallation de Violeta et de sa famille sur votre territoire pourrait produire un quelconque effet. Vous conduisant à agir, à l’endroit des familles vivant en bidonville, de manière «responsable» ? A moins que vous redoubliez de violence ? Nous redoublerons alors d’actes, de mots et d’images pour y faire face. 


Sébastien Thiéry, coordinateur des actions du PEROU.





PS : Nous apprenons que Violeta et sa famille se sont en fait installés sur le territoire de Ris-Orangis, dans un sous-bois où les conditions de vie sont autrement plus terrifiantes que sur le terrain de la Folie. Voici une information qui risque de briser tous nos espoirs de vous faire entendre quoi que ce soit d’autre que ce qui régit vos prises de position. Voici une information qui va en effet vous convaincre que votre politique est efficace, puisque produisant chez un ennemi politique, un socialiste proche de Manuel Valls, une situation de crise dont il risque fort, de nouveau, de ne pas sortir grandi. Déjà, nous voyons jubiler d’opportunistes militants communistes qui, à Grigny, enseignaient aux familles que c’était l’Etat socialiste, non la Mairie communiste, qui leur voulait grand mal. Déjà, nous voyons s’esquisser la scène jouée mille fois : formes convenues d’indignation ; insultes proférées par les salauds du parti à l’endroit des salauds de l’autre parti ; discours pré-écrits de violence et de contre violence ; «solution» que vous imaginez fort bien pour finir, et recommencer. 

PS 2 : Nous envoyons donc copie de ce courrier à Stéphane Raffalli, Maire de Ris-Orangis, étant donné que les mots et images que nous vous adressons valent pour lui, et pour cause : avant de rejoindre le bidonville de la Folie à Grigny, Violeta et sa famille vivaient dans le bidonville de la Nationale 7 de Ris-Orangis détruit le 3 avril 2013 suite à la publication d’un arrêté municipal. Certes, un projet d’insertion a vu le jour à Ris-Orangis, accueillant 38 personnes bientôt rejointes par 6 familles issues des bidonvilles de Grigny, ce dont vous vous félicitez d’ailleurs abondamment ces jours-ci. C’est effectivement un fait extraordinaire (la toute première expérience de la sorte en Essonne) qui devrait conduire les élus que vous êtes à cesser les expulsions, et militer afin que se multiplient de nouveaux dispositifs d’accueil pour tous. C’est, au contraire, une situation dont Stéphane Raffalli comme vous-mêmes faites publicité pour vous laver les mains de l’éloignement de prétendus «non insérables», à l’instar de Violeta et de sa famille. Preuve s’il en est que la violence n’a pas de couleur, que l’indigence n’est le monopole d’aucun parti. 

PS 3 : Nous envoyons enfin copie de ce courrier aux représentants des institutions compétentes en ces affaires : Président du Conseil Général de l’Essonne, Préfet de l’Essonne, Sous-Préfet de la Région Île-de-France, Délégué Interministériel pour l’Hébergement et l’Accès au Logement, Premier Ministre. Puisque ce qui a lieu à Ris-Orangis-Grigny n’est en rien un cas isolé, mais vaut bien plutôt comme cas d’école : violence faite aux personnes déplacées d’une situation de crise à une autre ; incurie de l’action publique, alourdie d’une gabegie monumentale puisqu’à la prochaine expulsion de Ris-Orangis (qui pourrait donc de nouveau conduire les familles jusque sur le territoire de Grigny), nous aurons atteint le million d’euros dépensés pour rien (compter environ 300 000 euros par expulsion), sinon pour faire de la violence un spectacle ; lâcheté des élus trouvant refuge dans des discours dont le crédit tient au seul fait qu’ils soient rabâchés de toutes parts. 

PS 4 : Pourrions-nous enfin faire cesser cet invraisemblable désastre ?

















-------------




Non envoyés à cette pléiade d'acteurs, mais méritant qu'on s'y attarde également, quelques éléments précis relatifs à l'expulsion du 5 août :


- Placements en hôtel.

Mairie de Grigny et services de l'Etat (115) se sont organisés pour proposer des chambres d'hôtel à chacune des familles présentes à Grigny. Ci-dessous, le détail des localisations des hôtels, le nombre de familles placées dans chacun d'entre eux, et la distance séparant ces hôtels du terrain de la Folie (et donc des écoles, des lieux de travail, etc). En soulignant que d'une part, les "prises en charges" courraient jusqu'au 11 août pour la plupart, que la grande majorité des familles est donc aujourd'hui à la rue et que, d'autre part, telle opération de placement à l'hôtel durant une semaine aura coûté au contribuable à peu près 30 000 euros. (72 ménages étaient décomptés a priori, 31 étaient absents lors de l'expulsion, un seul a refusé la proposition de chambre qui lui a été faite, la plupart nous ont appelés le soir même de leur placement pour nous témoigner de l'insalubrité des chambres, de la solitude, de l'impossibilité de faire la cuisine aux enfants, de la détresse des enfants enfermés dans la promiscuité, etc).

- Dans le 91, 16 familles dont : 3 aux Ullis (30km) ; 5 à Tigery (14km) ; 2 à Corbeil (12km) ; 3 à Athis-Mons (9km) ; 1 à Evry (7km) ; 1 à Viry-Châtillon (5km) ; 1 à Etampes (38km)
- Dans le 92, 1 famille à Asnières (41km)
- Dans le 93, 3 familles dont : 1 à Aubervilliers (37km) ; 2 à la Courneuve (44km)
- Dans le 94, 13 familles dont : 7 à Orly (29km) ; 1 au Plessis-Trévise (45km) ; 2 à Arcueil (28km) ; 3 à La Queue en Brie (43km)
- Dans le 95, 15 familles dont : 3 à Pontoise (72km) ; 11 à Saint-Ouen l'Aumône (71km) ; 1 à Cergy Saint-Christophe (71km)
- Dans le 77, 10 familles dont : 6 à Chelles (60km) ; 4 à Villeparisis (64km)

Soit une moyenne d'éloignement de 44km.


- Relais presse et ailleurs : 

Dans différents articles et reportages TV, il est fait état de l'expulsion non sans rendre compte de l'immense absurdité de celle-ci, ce qui est une nouveauté assez encourageante. Gageons que sur le terrain des médias bientôt, l'on produise enfin d'autres récits et renvoie à la figure des responsables de ce désastre une tout autre réalité. Voir notamment :

- Sur France Culture, un reportage la veille de l'expulsion (à 11'05), ici.
- Sur Rue89, un copieux et intéressant article à lire ici.
- Sur l'Insatiable, un article non moins copieux et intéressant à lire ici.
- Sur le Nouvel Observateur, toujours l'incompétence crasse des acteurs en matière de politique urbaine et sociale, à lire ici.
- En images, le reportage de Aude Tincelin ici, et le film de Clément Hanvic ici.


mardi 5 août 2014

Avec humanité


Sous le ciel de la Folie, la dernière nuit fut éblouissante. Comme une grande gorgée de vie avalée avant le saut dans le vide des politiques publiques de "résorption des bidonvilles". Un sonnant éclat de voix même, au beau milieu des rires, des danses, de l'alcool et des feux de joie :
"Nous avons compris bien des choses ces derniers mois, affirme l'assemblée des familles réunie sur le parquet de l'ancien cinéma. Compris que les leçons de vertu des autorités ne valent rien : d'innombrables enfants scolarisés cette année à Grigny seront, par cette Mairie en laquelle on nous a fait croire, jetés à la rue demain matin ; aucun adulte parmi les 17 ayant signé un contrat de travail et fait donc preuve de leur "employabilité" n'est inscrit sur la liste préfectorale des prétendus "aptes à l'insertion". Compris aussi que celles et ceux qui produisent de nous des images et des discours de misère, prétendant nous défendre parfois, agissent contre nous, contre l'humanité que nous sommes et qui est belle, et qui est riche. Compris qu'il nous faut nous saisir de notre propre parole, de notre propre destin. Compris qu'il nous faut tout reprendre, recommencer, et gagner enfin".


4 août 2014, la Folie

Puis la douceur du lever du jour, les amis qui nous rejoignent sous les bravos des oiseaux matinaux. Puis les riverains effectivement exaspérés par leurs élus. Enfin, à 7h du matin tapantes, les véhicules de la gendarmerie nationale, les défilés cadencés, les consignes graves et néanmoins burlesques du leader des troupes, talkie walkie autour du cou hurlant quelques messages gorgés de friture : "Charly, activez double colonne !" ; "Formation de ligne continue !".

Un déferlement impeccable, une démonstration d'efficacité, une furie toute contenue par la technique. A 8h, plus un chat. Une femme gradée à son collègue, cachant mal un sourire large et gras : "La pelleteuse va pouvoir réveiller les rats". Des hommes, n'en parlons pas. La Folie "libérée".










"Exemplaires". Ainsi s'auto-satisfait Claude Vazquez, élu de Grigny en charge du dossier, au micro de quelques journalistes le questionnant sur les opérations du jour. Il est autour de 10h, aux abords de la Folie, sur le terrain de sport désaffecté où sont rassemblées les familles "dans la dignité". Et pour cause : sous des barnums municipaux ici dressés, des bénévoles du Secours Catholique et du Secours Populaire ont été invités à distribuer quelques collations. Sous un soleil maintenant généreux, la situation prend des airs de partie champêtre un brin glacée, image surréaliste confectionnée avec un soin manifestement maladif, théâtre transpirant le malaise de ses auteurs.

Quelque chose comme une douce violence s'orchestre ainsi, à deux pas d'un bidonville figé dans le silence et à proximité duquel une pelleteuse demeure en veille, attendant que la foule se dissipe avant de commettre son ouvrage. C'est que dans le même temps et les mêmes lieux, quelques équipes attablées s'affairent à "orienter" chacune et chacun vers des "chambres d'hôtel". De ce spectacle désarmant, le photographe Rafaël Trapet a saisi quelques magnifiques images visibles ici.





Extraordinaire matinée. Effroyablement ordinaire d'un autre côté, frappée d'un sentiment de déjà vu, pauvre revival des péripéties rissoises (tout, il y a plus d'un an, a déjà été consigné ici, ici, et ici). C'est que pour ces familles finalement accablées, c'est un Monopoly à deux ou trois cases qui se joue : bidonville / chambre d'hôtel délabrée / bidonville / chambre d'hôtel éloignée / vous ne passerez pas par la case "nouveau départ", et ne toucherez évidemment rien.

La Mairie exemplaire de répondre à la presse prévisiblement insistante : "Nous sommes la commune la plus pauvre d'Île-de-France ! Nous - plus que tout autre ! - ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, c'est évident". Et de prétendre d'ailleurs faire un effort remarquable en contribuant à l'insertion de 6 familles parmi la foule, celles qui effectivement rejoindront dans quelques semaines la "base de vie" à Ris-Orangis. Oubliant donc de préciser que le territoire de Grigny n'accueillera aucun projet d'insertion. Oubliant accessoirement de préciser que ce nouveau projet d'insertion sera financé par l'Etat. Feignant ainsi de croire qu'accueillir coûte davantage qu'expulser, alors que c'est ô combien l'inverse : la plus grande part des 320 000 euros du coût de l'expulsion est de sa poche ; ça n'est le cas que d'une part bigrement infime des 500 000 euros du coût d'un projet d'insertion.

A 13h, toutes les familles non sélectionnées sont effectivement placées en chambre d'hôtel - via le 115 exceptionnellement mobilisé - aux quatre coins de l'Île-de-France : Saint-Ouen l'Aumône ; Chelles ; Juvisy ; Corbeil ; Saint-Fargeau-Ponthierry. C'est loin, mais c'est court : une semaine en moyenne. Humaine, la municipalité a mobilisé des bus pour les y conduire. A 14h, la pelleteuse entre en action, à l'abris des regards, pour ne pas faire désordre non plus. Ce soir, les familles appellent : insalubrité des établissements, étroitesse des chambres, interdiction de faire la cuisine, solitude, détresse. Et de prévenir : d'ici peu, un nouveau bidonville sera édifié, non loin de la Folie, non loin de la Place de l'Ambassade. Les élus du coin tremblent que leur commune s'avère la prochaine case de ce Monopoly infernal.




Ceci n'est pas une action publique inhumaine


lundi 4 août 2014

Communiqué du 4 août 2014


COMMUNIQUÉ DU PEROU - Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines - 4 AOÛT 2014



Grigny, bidonville de la Folie, av. des Tuileries : demain mardi 5 août, au petit matin, tout sera détruit. 




Ici, avec le soutien de la Fondation Abbé Pierre et du PUCA, le PEROU a oeuvré des mois durant : interventions sanitaires, réparations des baraques, mise hors boue du site, construction d’un lieu de travail, accueil en résidence de nombreux artistes et architectes, organisation de sessions de travail avec des étudiants d’écoles d’art, d’architecture et de sciences politiques, conception de CV pour plus de quarante adultes, accompagnement des familles dans leurs démarches administratives. 
Les acteurs publics n’ont cessé de mépriser ce travail, visant à se débarrasser du problème, non à y répondre. Demain mardi 5 août, au petit matin, tout sera détruit. 


Ici, en collaboration avec les riverains du Collectif des Ambassadeurs des Roms et des Colib’Ris, le PEROU a contribué à ce que la quasi totalité des enfants ait été scolarisée, à ce que les adultes aient quasiment tous été domiciliés, à ce que quinze d’entre eux aient signé un contrat de travail, à ce qu’une vingtaine ait régulièrement suivi des cours de français, à ce qu’une cinquantaine se soit inscrite à Pôle Emploi, à ce que d’innombrables liens avec le territoire aient été ainsi noués.  
Les acteurs publics n’ont cessé de défaire ce qui se construisait, visant à éloigner ces étrangers menaçant de s’installer parmi nous. Demain, les familles ici intégrées seront purement et simplement mises à la rue, ou se verront proposées pour quelques jours des chambres d’hôtels à des dizaines de kilomètres de là. 


Ici, dans la dynamique constructive engagée avec les familles, celles-ci se sont constituées en association, une première en France. Déclarés en Préfecture le 8 juillet, les statuts de «l’association de la Folie en Essonne» sont ainsi rédigés : «A titre principal, l’association poursuit une mission d’intérêt général de défense des droits des personnes vivant dans les bidonvilles de l’Essonne. Elle a pour objet de développer et promouvoir des réponses à leur situation, et peut intervenir en tant que concepteur, producteur, partenaire de projets expérimentaux favorisant leur insertion. Au niveau national comme international, elle peut intervenir auprès d’acteurs associatifs comme institutionnels en tant qu’expert pour la recherche et la promotion de projets innovants à l’adresse des personnes vivant dans des conditions particulièrement précaires.»
Les acteurs publics n’ont manifestement reconnu aucune légitimité à cette structure légale. Méprisant tout autant la procédure engagée par les membres de l’association devant la Cour d’Appel de Paris, Maire et Préfet mobilisent donc des moyens exceptionnels (pour un coût évalué à 320 000 euros) afin de casser non seulement le bidonville, mais les processus qui y ont éclos. 


Gouvernés par bêtise et lâcheté, les acteurs publics parviendront demain mardi à faire disparaître le bidonville de la Folie, non la réalité, non les perspectives d’avenir dessinées depuis des mois ici-même. Aussi, dans quelques semaines, un nouveau bidonville sera-t-il construit non loin de ce terrain. Peut-être qu’alors les acteurs publics s’en remettront à l’évidence : que la violence est une impasse, meurtrissant les personnes, cassant les processus d’intégration de celles-ci, pérennisant le bidonville dans sa forme la plus déplorable.
Demain mardi 5 août, au petit matin, nous serons présents sur le terrain de la Folie pour constater les dégâts, et pour rappeler aux responsables de ceux-ci qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir.




Contacts : Sébastien Thiéry - 06 12 34 70 28 / Ramona Strachinaru : 06 81 80 67 29

www.perou-risorangis.blogspot.fr

mercredi 30 juillet 2014

La folie près de chez vous


En avril dernier, Jean-Paul Curnier publiait aux éditions Lignes Prospérités du désastre, recueil non pas d'indignation, mais "d'aggravation". La thèse de l'auteur : les choses étant ce qu'elles sont (politiquement, socialement, moralement, culturellement), rien ne sert de prétendre y remédier, mieux vaut bien au contraire s'employer à les aggraver. Thèse étayée par ces quelques lignes, en quatrième de couverture :
"Alors, si ce monde va aussi franchement et volontairement à sa perte, autant qu'il y aille vite pour en vivre au plus vite le remplacement. Et il convient même de l'aider à chaque fois que cela s'avère possible. Pas de le critiquer ou de le condamner - c'est là une affaire hors de saison, une ancienne ferveur pour le sauver contre son gré ; non, il convient au contraire de faciliter toute chose sur la voie de laquelle il s'est engagé".


Alors que nous construisions encore,
au mépris de la gravité.
2 juillet 2014, Grigny, terrain de la Folie.
Photo : Jean-Pierre Le Hen


Durant près de deux années de travail en Essonne, le PEROU a exploré une voie tierce, entre indignation et aggravation, celle de la construction. Il s'agissait ainsi de poursuivre une hypothèse de recherche : partant de l'extrême pauvreté des savoirs sur ce qui a lieu (des camps, des campements, des bidonvilles, des Roms, des nomades, des migrants, etc) comme sur ce qui pourrait avoir lieu (du harcèlement, des expulsions, des destructions, des obligations de quitter le territoire français, des villages d'insertion, etc), nous visions avec les outils de l'architecte notamment la rénovation du répertoire des questions comme celui des réponses relatifs à ces situations de violence rencontrées notamment à Ris-Orangis et Grigny.
Nous commettant avec le terrain occupé, avec les familles réfugiées, avec les riverains exaspérés, avec les associations indignées, avec les pouvoirs publics dépassés, avec en somme la constellation des acteurs liés à ces situations, nous souhaitions porter un regard non seulement actif, mais "embarqué", comme il se dit du journaliste "embedded" au sein des forces en conflit. Nous avons énormément appris, et nous efforcerons dans les mois à venir de transmettre ces savoirs conquis sur la scène d'une violence protéiforme, violence rencontrée parfois là où nous n'imaginions pas la trouver. Ainsi pourrons-nous mesurer le degré de pertinence de cette voie empruntée par le PEROU, à savoir celle de la construction : par la somme de savoirs que pourraient en récolter d'autres que nous qui souhaiteraient agir au beau milieu d'autres désastres que ceux de Ris ou Grigny.


Article publié le 10 juillet dans Le Républicain, hebdomadaire de l'Essonne. 


La dissolution du bidonville de la Folie est aujourd'hui si vaste que construire est devenu hors de portée : habité par des familles désormais sans espoir, le terrain n'est plus que cloaque, le cinéma que misère. Aggraver le cas des acteurs responsables d'un tel désastre pourrait finalement s'avérer la seule voie qui vaille.
Aggraver le cas de cette Mairie communiste en premier lieu qui, apprend-on la semaine dernière, n'accueillera sur son territoire aucun projet d'insertion, en dépit de toutes les rumeurs savamment orchestrées ces dernières semaines. Toute la panoplie du cynisme et de la lâcheté aura été explorée par cette équipe municipale dont la seule représentation auprès des familles aura été assurée par  le "Directeur Prévention, Sécurité et Hygiène", signe de l'assimilation par ces grands humanistes de la philosophie sarkozyste selon laquelle la condition des migrants relève du domaine de la sécurité. Toutes les stratégies auront été développées, en s'appuyant notamment sur quelques fidèles camarades membres de l'Association de Solidarité de l'Essonne avec les Familles Roumaines et Roms, pour casser le travail entrepris par le PEROU et faire se diviser les familles à son sujet : rumeurs insistantes sur les finances de l'association et la fortune de ses responsables, diffamations en tout genre soigneusement colportées jusque bien au-delà de l'Essonne, formes plus ou moins raffinées d'insultes proférées aussi régulièrement que faire se peut, etc.
Aggraver le cas de ce Préfet de l'Essonne dans le même mouvement, représentant de l'Etat sans doute, mais manifestement pas des textes de la République. Certes, ce dernier a-t-il enfin consenti la semaine dernière à ce que la "base de vie" de Ris-Orangis s'ouvre à de nouvelles familles, et 6 parmi celles avec lesquelles nous oeuvrions à Grigny ont été "sélectionnées" pour y être accueillies jusqu'à décembre 2015. Le reste, rebut (une trentaine de familles donc) parmi le rebut, sera par conséquent sous son autorité "dégagé" du terrain de la Folie, invité à trouver sa vocation ailleurs. Un ailleurs qui, entre nous soit dit, s'avère si proche que ce même Préfet aura dans quelques mois la piètre besogne de répéter ce même geste à l'endroit des mêmes familles.

L'aggravation du cas de ces acteurs publics passe sans doute par la grande publicité faite à ces décisions d'une immense incurie, mais aussi par un art d'en rire aussi bruyamment que possible. Car la violence leur sert de parure royale, costume sombre de l'homme responsable, et la colère comme l'indignation qu'elle suscite, sinon excite, fonctionnent telles des confirmations de cette détestable stature. Sous les coups de butoir du rire féroce, cette violence pourrait enfin apparaître simplement grotesque, à l'image de la politique que ces "responsables" conduisent.
Grotesque puisqu'il est probable que de tels événements puissent à nouveau survenir. Grotesque puisqu'il est probable que les familles expulsées se réinstallent à Grigny ou à Ris-Orangis. Grotesque puisqu'il est probable que les mêmes acteurs-Shadocks pompent et pompent lamentablement des années encore. Grotesque puisqu'il est probable qu'ils déploient de nouveau des moyens considérables pour des résultats aussi considérablement nuls.
Seul argument pour leur défense : leur cas n'est pas isolé, puisque cet été la vacance politique est généralisée, commandant qu'on expulse jusqu'à l'ivresse à Viry-Châtillon (menace d'expulsion imminente est faite aux familles du bidonville du Bellay, où nous avions également travaillé avec l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne, présenté ici), comme à Calais (lire ici la tribune publiée hier dans Libération signée notamment des chercheurs que nous sommes). Il est donc nécessaire, jusqu'à l'ivresse également, de faire suivre ce flyer annonçant l'ultime spectacle du Festival de la Folie, le plus grotesque d'entre tous :



mardi 15 juillet 2014

Au mépris de la pelleteuse


Mercredi 9 juillet, accompagné de cinq hommes en uniforme, l'associé de Monsieur Papillon, huissier de justice à Evry, s'aventurait sur la Folie tirant une valise, volumineuse et solide. Il répertoriait les adultes présents, des dizaines comme escompté. Il ouvrait sa valise, et remettait à chacun 13 pages dactylographiées, recto-verso, comprenant la signification d'ordonnance rendue par le juge le 13 décembre dernier, ainsi que le commandement de quitter les lieux. De les "libérer" était-il ajouté pour faire plus sympathique. "Immédiatement et sans délai", était-il en gras et majuscules précisé pour faire moins sympathique.



Extraits du document délivré aux familles de la Folie le 9 juillet par
l'associé des huissiers Papillon. 


La visite de l'huissier Papillon ne manquait pas de produire immédiatement son effet : promettant l'affrontement imminent, ces 13 pages commandaient effectivement aux familles de fuir. Notamment celles comprenant des enfants auxquels on préfère évidemment épargner le face à face avec les pelleteuses. En quelques jours, la moitié des familles se sont évanouies dans la nature, préparant déjà la reconstitution d'un nouveau bidonville. Nous leur avons données tous les matériaux investis sur la Folie par le PEROU ces dernières semaines : le bois de la résidence, celui du parquet, la toile et les bâches. Avec le soutien d'Emmaüs, nous avons mis de côté de nombreux bagages, sacs de vêtements et de couvertures. Au quotidien, nous consignons les objets que chacun souhaiterait emporter un peu plus loin, et veillerons autant que possible à les mettre à l'abris la veille du passage de la pelleteuse. Liste à la Prévert, assortie de quelques redondances frappantes : lit ; poêle à bois ; meuble ; poêle à bois ; bâche ; poêle à bois ; vélo ; poêle à bois ; boules en plastiques qu'ô grand jamais nous ne laisserons piétiner par un régiment de CRS ; poêle à bois ; vaisselle ; etc.













"Que mettre à l'abris rapidement si
les pelleteuses venaient à passer ?"
Une consigne, 13 juillet 2014


Dans quelques semaines, le Maire de Grigny, ou celui de Ris-Orangis, ou celui d'une commune toute proche déplorera la présence d'un nouveau bidonville, qu'il s'efforcera de faire disparaître rapidement. Après l'effet Papillon, l'effet plumeau : des personnes telles de la poussière que l'on balaie, qui disparaissent quelques instants, puis se déposent un peu plus loin. Nouveaux indésirables moutons agglutinés dans un coin du territoire, qu'il conviendra de nettoyer encore et encore. Tout en prétendant qu'il n'y a rien d'autre à faire. Coups de balais de luxe : 320 000 euros le passage. Qu'importe, on déraisonne en coeur de nos jours. Ce qui importe : que le voisin fasse de même. On expulse pour se fondre dans l'air du temps, lâches et sans audace ça va de soi. Le pire serait de prendre le risque de faire mieux, et de contredire l'évidence rapportée par les "responsables" à l'unanimité ou presque : qu'il n'y a vraiment pas d'autre solution.



"Des choses à récupérer ? Notre vaisselle !"


La diplomatie du PEROU a conduit les maires sur les territoires desquels elle s'est retrouvée à faire pire, c'est à dire à rompre avec l'évidence la plus misérable, et à ne pas agir aussi aveuglément que leurs voisins. A Ris-Orangis, on tendait aux familles la menace d'un nettoyage radical : "Il faut rapidement vous installer ailleurs !", leur affirmait le Maire lors d'une virée sur le bidonville de la Nationale 7 début décembre 2012. En mai 2013, 10 familles parmi celles qui avaient été ainsi menacées étaient accueillies dans un lieu de vie temporaire, dans le cadre de ce qui s'avérait le tout premier projet d'insertion mis en place en Essonne. A Grigny, on revendiquait la tolérance zéro, la fermeté non sans une pincée d'humanisme : "Donnons-leur de quoi manger, afin qu'ils ne fassent plus la manche devant la Poste, mais qu'ils sachent bien qu'ils ne passeront pas l'hiver !". Ainsi s'emportait le premier adjoint au Maire lors d'une réunion en mai 2013. En juin 2014, l'hiver passé depuis longtemps, on nous informait qu'un projet s'envisageait. Aujourd'hui même, les pouvoirs publics se mobilisent effectivement afin de donner vie à ce projet sur un terrain situé à quelques centaines de mètres de la Folie.

Tout en gérant le quotidien étouffant créé par la menace du pire, nous nous efforçons de travailler dans le sens de cet hypothétique projet, achevant ces prochaines semaines les études conduites avec les familles afin de concevoir des lieux de vie temporaire de qualité. Aussitôt que possible, nous déposerons ces études sur les bureaux du Préfet, du Conseil Général et de la Mairie. Le PEROU est hautement méprisé par la Mairie : nous sommes dangereux et malhonnêtes, évidemment manipulés par des forces politiques adverses. Par conséquent contraints de ne pouvoir collaborer à la mise en oeuvre du projet municipal, nous nous contenterons d'envoyer au Maire le fruit des travaux des quatre équipes d'architectes accueillies en résidence sur le terrain de la Folie ces dernières semaines. Nous ajouterons une pierre à l'édifice : une salve régulière d'emails adressés à ce Monsieur Philippe Rio afin que, malgré le "nettoyage" prochain de la Folie, il remue effectivement ciel et terre en vue de la bonne réalisation de ce projet d'insertion.








"Après le bidonville". Premières esquisses du collectif Prémices, juin 2014. 


Aujourd'hui même, le bidonville de la Folie se dégrade à vue d'oeil, les familles le désertant autant qu'elles le peuvent. La Mairie n'en attendait sans doute pas moins en diligentant l'huissier Papillon mercredi, alors que devant le Conseil Général il y a quelques jours elle jurait grand Dieu que l'expulsion n'aurait pas lieu avant l'aménagement effectif du terrain choisi pour accueillir dix familles. Pour un Maire soucieux d'afficher son légendaire humanisme, rien de plus agréable que l'auto-expulsion : la pelleteuse n'aura quasiment plus qu'a rassembler les déchets et morceaux de baraques abandonnées ; aucune image ou presque ne saura à déplorer des forces de l'ordre jetant sur les routes de Grigny femmes et enfants.

Le PEROU s'est engagé en Essonne non pour manifester son indignation, mais pour en apprendre sur la situation, sur les causes de cette déroute généralisée à la France entière, sur les chemins éventuels à entreprendre pour sortir de ces impasses. Nous avons encore à rassembler savoirs et savoir-faire constitués durant ces deux années, pour les transmettre à d'autres que nous, y compris aux élus sous la forme d'un guide pratique en réponse à "l'art municipal de détruire un bidonville". Car en face, cela fait des années que les pelleteuses s'escriment, que les textes s'éprouvent, que les stratégies s'affinent du passage de l'huissier à la manipulation de la presse comme des familles elles-mêmes. Des sommes résultent de l'expérience ainsi accumulée, tel le guide de 12 pages publié par Christian Estrosi il y a un an, formidable manuel de l'hostilité à l'usage des Maires de France et de Navarre. Se contenter de cris d'orfraie, de manifestations de colère ou de banderoles d'indignés est aussi inefficace que dangereux : la névrose des Shadocks menace quiconque répète un même geste attendant qu'un résultat nouveau en advienne. Il nous faut tout réinventer, des formes comme des desseins de la résistance au pire, des techniques comme des discours qui la constituent. En s'appuyant sur une évidence, obscène pour la plupart, y compris chez celles et ceux qui se veulent "défenseur des plus pauvres" : que dans le bidonville comme ailleurs, c'est la vie et non l'indignité qui règne, que c'est la folie et non la misère qui commande. Le PEROU s'est donné cette ligne, élémentaire : suivre le chemin de la vie qui a lieu, de la folie qui invente, insulte souveraine adressée au passage de la pelleteuse et aux lâches et transits de peur qui le programment.


En lieu et place de la Résidence du PEROU : ce que la pelleteuse ne détruira pas fera
la matière première de prochaines constructions.
Bidonville de la Folie, Grigny, 13 juillet 2014. Photo : Laurent Malone

Un message à adresser à la pelleteuse ?
Bidonville de la Folie, Grigny, 13 juillet 2014. Photo : Laurent Malone

dimanche 6 juillet 2014

L'annonce du pire


Samedi matin, les représentants de l'Association de la Folie en Essonne, fondée la semaine dernière par les familles du bidonville de la Folie, étaient reçus en Mairie accompagnés de riverains du Collectif des Ambassadeurs des Roms. Sérieusement, la Mairie faisait valoir un argument majeur : détruire est une fatalité pour une collectivité sans le sou. Il a fallu répéter que l'expulsion coûte plus cher à la Mairie (la moitié des 320 000 euros à peu près, pour la remise en état du terrain), que ne coûte la stabilisation du bidonville et sa résorption progressive au fur et à mesure de réponses durables proposées aux familles. Il a fallu expliquer que le coût de projets d'insertion n'est par définition pas à la charge de la Mairie, mais de l'Etat et de l'Europe (les fonds sociaux européens prévus à cet effet sont utilisés en moyenne par les Etats membres à hauteur de 30%, la France étant l'un des Etats de l'Union les plus frileux à mobiliser ceux-ci). Il a fallu expliquer que les familles demandent depuis des mois de s'acquitter des charges inhérentes à la situation, notamment du règlement de la facture d'eau. C'est le sens d'une lettre envoyée dans la foulée à la Mairie, signée par les représentants de l'Association de la Folie, lettre publiée ci-dessous.






Au diable les explications rationnelles : nous apprenons ce soir que la Mairie n'entend que sa propre folie et engage le processus le plus désastreux qui soit, à savoir détruire le bidonville et tout ce qui a été mis en oeuvre depuis des mois avec les familles. Demain ou mardi matin, un huissier devrait transmettre aux familles la misérable nouvelle. CRS et pelleteuses dégageront tout ce qu'ils peuvent 48h plus tard, et nettoieront la Folie de la vie qui s'en était emparée. Depuis quelques semaines, la Mairie arguait d'un projet pour dix hypothétiques familles qu'elle promettait de sélectionner en vertu d'on ne sait quel obscur principe. Il ne s'agissait là que d'une rumeur faite pour endormir et diviser les familles ne sachant à quel saint se vouer : à l'heure où démarrent les pelleteuses, aucune espèce de dispositif n'est en place pour accueillir qui que ce soit, sinon quelques chambres d'hôtel sociaux souvent miteuses et nécessairement dispersées dans toute l'Île-de-France. Si tant est que les acteurs publics poursuivent cette vague idée une fois débarrassés du "problème", des mois et des mois seront encore nécessaires à la mise en oeuvre de telle réponse durable d'insertion telle que prévue par la circulaire du 26 août 2012. Par conséquent, 150 citoyens européens seront dans quelques heures purement et simplement chassées de Grigny par les forces de l'ordre françaises, y compris les personnes (une quinzaine) aujourd'hui employées qui ne pourront donc rejoindre leurs lieux de travail en raison de la détresse dans laquelle elles seront plongées.

Face à l'aveuglement et la surdité, les familles ont en urgence formé appel de l'ordonnance de référés rendue par le Tribunal de Grande Instance d'Evry du 13 décembre dernier prononçant leur expulsion. Devant la Cour d'Appel de Paris, cette procédure a été engagée vendredi, il y a 48 heures. Puisque les acteurs publics n'entendent pas respecter les textes, ni les lois, ni les principes fondamentaux, ni les circulaires, ils se passeront sans doute d'attendre que le juge se prononce sur cet appel. Nul doute pourtant que le juge entendra le plus élémentaire qui soit : que depuis le 13 décembre dernier, la situation est bouleversée, les familles inscrites dans de multiples processus d'insertion, leur avenir sur le chemin d'une manifeste éclaircie, et qu'il convient donc de sursoir à l'expulsion. Au diable la justice et l'avenir ! Les pelleteuses se chargeront cette semaine de remettre les compteurs à zéro, et d'enfoncer les familles dans la situation dans laquelle aucun acteur public, ou presque, ne semble enclin à les autoriser de sortir : l'errance, le dépit, la terreur.

Nous vivons en 2014, en France, dans un pays monstrueux où la raison est en sommeil comme l'évoquait mercredi dernier Geneviève Fraisse à l'occasion de cette fête extraordinaire que nous avons partagée sur le terrain de la Folie. Nous avons d'innombrables conclusion à tirer de cette expérience là, de lignes à écrire, dont les plus révoltées à envoyer à la figure des acteurs publics responsables du désastre à venir, élus hors la loi auquel nous avons été confrontés ces derniers mois. L'urgence n'est pas à cela, puisque c'est du quotidien dont il nous faut aujourd'hui nous soucier : soutenir chacun, mettre quelques affaires à l'abri, accompagner les familles on ne sait où. Et préparer, malgré tout, l'avenir avec ces familles qui se réinstalleront non loin de là, comme tout le monde s'en doute. Mais puisque les acteurs publics en question parcourent nerveusement ces lignes à chacune de leur parution, qu'ils sachent bien que nous ne cesserons de faire publicité de leurs actes d'une lâcheté certes banale par les temps qui courent mais ô combien détestable, de leur refus catégorique de coopérer depuis des mois avec nous tous qui n'avons cessé de nous rendre disponibles pour les accompagner, de leurs mensonges osés jusque devant les familles pour sauver les apparences d'une morale de laquelle ils ne cessent de se réclamer, de leur mépris de la loi de ce pays comme des personnes vivant sur leur territoire. Au PEROU, nous avons coutume de construire, de suivre les pentes vertueuses, et de ne pas perdre une seconde à manifester colère ou indignation sous quelque balcon que ce soit. Nous dérogerons à la règle quand le calme sera revenu sur le terrain de la Folie, afin que le calme ne se réinstalle pas trop vite chez les édiles ayant fait le choix de la déraison.

Ci-dessous, quelques images prises mercredi soir sous le ciel de la Folie : les regards étoilés d'enfants européens auxquels on raconte que leur vocation est de vivre éloignés.









La Folie, Grigny, 2 juillet 2014
Photos : Stefan Zaubitzer