vendredi 21 février 2014

Par les actes, nous nous opposons (week-end 4)


Il y a dix jours, un feu se déclarait dans un bidonville de Bobigny, sans d'ailleurs que la moindre enquête soit conduite afin d'en établir la cause. Une fillette de 8 ans y trouvait la mort. Les familles, accablées, étaient expulsées quelques heures plus tard.
Eric Fassin, dans l'ouvrage collectif qu'il publie cette semaine aux éditions La Fabrique (Roms et riverains. Une politique municipale de la race) analyse ce qui tient lieu aujourd'hui de politique à l'endroit des bidonvilles : laisser se dégrader la situation jusqu'à ce que l'expulsion s'impose, ou rendre le quotidien des familles invivable jusqu'au cauchemar afin que l'auto-expulsion s'impose.
Par les actes, nous nous opposons à telle lâcheté. C'est pourquoi, inlassablement, nous avons construit à Ris-Orangis. C'est pourquoi inlassablement nous construisons à Grigny. C'est pourquoi nous avons installé 22 extincteurs le week-end dernier sur les baraques du bidonville de la Folie. Pour éviter le pire. Ce que, si tant est que nous demeurions en République, toute municipalité se devrait de faire. Exactement, il nous en a coûté 437 euros.







22 extincteurs, pour éviter le pire.
Photos Margot Crayssac et Mabel Miranda


Il y a un an à Ris-Orangis, une "enquête sociale" déterminait qui serait digne de ne plus subir le harcèlement et la violence, et qui ne l'était définitivement pas. Un tiers des personnes avec lesquelles nous travaillions alors furent considérées aptes à l'insertion : elles furent régularisées, et établies dans un lieu de vie temporaire à Ris-Orangis. Les deux tiers, soit une centaine de personnes, furent jugées inaptes, condamnées à connaître jusqu'à l'épuisement la férocité des pelleteuses.
Par les actes, nous nous opposons à tel délire. La semaine dernière, dix étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs nous ont rejoints sur le terrain, accompagnés jusqu'à nous par le designer Ruedi Baur et l'anthropologue Francesca Cozzolino. Ils ont rencontré une quinzaine de jeunes adultes, leur ont confectionnés des CV, des cartes de visite, des documents leur permettant de tisser des liens avec les entreprises et institutions alentour. Ce que, si tant est que nous demeurions en République, toute collectivité se devrait de faire. Exactement, il nous en a coûté quelques gâteaux partagés le jour du rendu de ce travail, à savoir samedi dernier.



Samedi 15 février, La Folie Grigny
Photos : Mabel Miranda


Il y a 7 mois, le Maire de Grigny engageait une procédure visant la destruction du bidonville de la Folie, comme le font systématiquement 99 % des Maires aujourd'hui en place et qui se re-présentent devant leurs électeurs dans un mois, se prétendant aptes à porter les couleurs de la République.
Par les actes, nous nous opposons à tel abandon de tout. Alors, nous construisons, tant et si obstinément que nous faisons jaillir sur le terrain les mille sens que peut prendre le verbe "construire" : un abri, un espace commun, des liens d'amitié, une vie, un avenir, une politique. Alors, nous donnons rendez-vous à celles et ceux qui par les actes démontrent qu'ils incarnent, plus que nombre de dits "responsables", la République, la seule digne de ce nom, l'active et joyeuse. Alors, nous donnons rendez-vous sur le terrain de la Folie à quiconque, samedi et dimanche, souhaite prendre part au 4e volet du chantier de la Folie. Pour prendre part au chantier - samedi comme dimanche, de 10h à 18h - et bénéficier d'un déjeuner offert par les riveraines et riverains, il est conseillé de nous contacter (contact@perou-paris.org), et / ou de s'inscrire ici.











PS : Exceptionnellement, l'Apérou de ce mardi n'aura pas lieu chez Béber, aux Caves Dupetit Thouars, mais en compagnie de Jean-Paul Curnier qui à l'Espace Khiasma nous invite à 20h30 pour une discussion intitulée "Le Voyage, la terre, la propriété du sol". Les informations se trouvent ici.

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